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À la conquête du Manaslu - EP3

November 8, 2018

 

Jours - 8 Le désastre écologique du Manaslu . (Le cliché n’est pas une exception durant le trek, mais la triste réalité de ce que l’on verra tout au long du parcours de façon récurente.) 



Ce matin, Jim et Mike sont revenus pour une dernière étreinte et nous apporter des provisions de barres chocolatées pour quand on atteindrait le col. Ce n’était pas grand-chose, mais ça m’a beaucoup ému. 
On se prendra bien encore au moins trois fois dans les bras avant de réussir à se lâcher, les au-revoir étaient encore plus difficile que la veille. J’ai vu qu’ils n’étaient pas loin de pleurer eux aussi.

C’était incroyable cette amitié qui était née en si peu de temps et comment cette aventure liait si fort les gens aux uns et aux autres. 



-À bientôt les amis!

Au petit déjeuner, on se fit exploser le ventre à coup de pancakes et pâte à tartiner au chocolat.
Nous retrouvions nos Françaises avec lesquelles aujourd’hui nous partions en promenade d’acclimatation à 4000 mètres.



Ce matin-là, Deepak m’apprit la mort de son aïeul. J’étais triste pour lui, car je voyais dans son regard sa peine et son désarrois. Par fierté il se retenait de pleurer, jusqu’au moment où les larmes montantes étaient plus fortes que tout. Je le prenais dans mes bras le rassurant. Il avait l’air d’un enfant perdu. Il s’excusa d’être dans cet état et tenta de ravaler ses larmes.



-Tu n’as pas à t’excuser de quoi que ce soit. Je sais ce que ça fait que de perdre un être cher. Et c’est normal d’avoir envie de pleurer. Il n’y aucune honte à avoir honte. Ça va aller t’en fais pas.



Remis de ses émotions nous reprenions notre avancée. Nous avons marché environ 4h avant d’atteindre un plateau nous offrant une vue imprenable sur le Manaslu et ses montagnes voisines. Nous étions entourés de cols enneigés majestueux. Nous assistâmes même à une impressionnante avalanche qui s’était déclenchée dans un vacarme de tonnerre. Nous en prîmes plein les yeux.


On s’arrêta pour pique-niquer près d’un monastère désert. Pour la première fois nous avions l’occasion de partager le déjeuner en compagnie de notre guide, qui sembla le ravir également.



En observant autour de moi, je pouvais voir partout jonché sur le sol tout un tas de détritus. Depuis le début du trek j’étais choquée de l’état déplorable des sentiers bordé de papiers, bouteilles et autres déchets. C’en était trop. J’attrapais le sac ayant porté notre déjeuné et me mit à ramasser frénétiquement tout ce que je trouvais. Estéban et mon guide suivirent l’exemple et vinrent à mon aide. 
En moins d’un quart d’heure ce sont deux sacs remplis d’immondices que nous avions ramassé.
Comment dans un endroit aussi vaste et reculé de toute civilisation, au pied d’un monastère, peut-on avoir idée d’y balancer ses déchets par terre?

D’autres randonneurs et guides nous ont observé faire. Mon action n’était qu’une goutte d’eau dans un vaste océan, mais si tout le monde faisait pareil, les choses finiraient sûrement par évoluer puis changer.

 À commencer par redescendre tous nos déchets en ville, ne pas acheter de bouteilles en plastiques, faire attention à ce que nous consommons et laissons sur place, qui a une chance sur deux de finir dans une décharge sauvage en périphérie des villages.
Il n’est pas cent mètres depuis que nos sommes partis, sans trouver des dizaines de papiers, bouteilles plastique, mégots de cigarettes ou canettes jonchant le sol.

Touristes, guides, sherpas, tout le monde est responsable de ce désastre.
Il serait grand temps que les agences de trekking sensibilisent les personnes qu’ils emploient ainsi que les randonneurs à ce sujet, car c’est tout simplement honteux.
A terme, le Népal ne sera plus reconnu pour la beauté de ses paysages et de ses randonnées mais pour la pollution de ses sentiers.

 Car bien entendu, si un trek supposé être le moins fréquenté du pays à ses chemins dans cet état, je n’ose imaginer l’Everest ou l’ Anapurna.
Mon guide m’expliquait que la plus part des Népalais ne « savent pas » car ils n’ont pas reçu d’éducation. Ainsi, ils n’ont pas conscience de la conséquence de jeter un papier par terre. C’est comme en Inde, pour les Népalais jeter par terre est tout ce qu’il y a de plus normal. Je pense qu’il est donc aussi de notre mission de montrer l’exemple, de les informer et de trouver des solutions avec eux.
 Afin d’enrayer très rapidement le problème.

Nous sommes revenus à la guest house vers 14 h 30, et c’est autour d’un thé, que chacun d’entre nous avons vaqué à nos occupations autour d’une même table.
Les salles à manger sont toujours chauffées. Les marcheurs s’y retrouvent l’après-midi, y mangent, boivent du thé, jouent aux cartes, lisent ou tiennent un journal.
Personne ne pianote sur son téléphone.
L’ambiance est paisible et semble rappeler un temps, qui avec le temps s’est largement perdu.
On ne peut pas nier que les nouvelles technologies nous ont vraiment coupé les uns des autres. Ici on ne tue pas le temps en scrollant Facebook ou Instagram.
On se regarde, on se sourit, on se parle tout simplement. On prend conscience du monde qui nous entoure, on ouvre ses yeux, son cœur, on vit la vie, la vraie. C’est ressourçant. Et c’est ainsi que naissent aussi les belles amitiés.
   

 

 

Jour 9 - La montagne tueuse

.

J’ai eu grand mal à trouver le sommeil. J’ai, à plusieurs reprise, peut-être trois, entendu des Yaks crier comme si on les égorgeait car de long moment de silence suivirent ces gémissement douloureux. Puis des bruits de machettes contre des planches en bois, de sacs plastique dans lesquels on emballait quelque chose. Enfin le son des cloches des colliers qui entourent les coups des yaks que l’on posait par terre. Ce rituel me semblait interminable et me mit terriblement mal à l’aise.
 Je n’avais que les bruits, mais mon imagination se chargeait de créer les images, ce qui avait des allures de cauchemars éveillé.

Je finis par sombrer d’un sommeil léger au milieu de la nuit.



Au réveil, nos chemins se séparaient avec les Françaises qui prenaient une journée d’avance sur nous.

 Aujourd’hui, nous prenions de la hauteur en direction d’un autre versant du Manaslu.

L’automne était bien présent ici, les feuilles tombaient des arbres et virevoltèrent dans les airs avant de venir se déposer parmi les autres sur le sol rocailleux. Les chemins que nous empruntions avaient des allures féériques.
Au fur et à mesure que l’on montait, je me sentais déconnectée de mon corps, je n’avais plus conscience de marcher. 

J’étais ici et partout en même temps. C’était comme flotter au milieu de ce paysage enchanteur, qui était sûrement un des plus beaux que je n’avais jamais vus de ma vie. Quelle vue imprenable sur la chaîne de l’Himalaya. Nous étions encerclés par les montagnes, en contre bas ; nous pouvions admirer un lac d’un bleu pénétrant. 
Cet endroit était plein de magie, je sentais une énergie inconnue envahir mon corps et mon esprit et je ne faisais plus qu’un avec l’univers. J’étais absorbée dans un tourbillon mystique. 

En fermant les yeux, la montagne m’emportait avec elle et me transmettait sa force. Jamais, je n’avais ressenti quelque chose d’aussi puissant.
 Je me sentais transformée, quelque chose venait de germer en moi, c’était comme entrer dans une nouvelle ère de ma vie.



Du bleu, du blanc, du gris, du jaune, orange, rouge, vert, des ombres, des lumières, des contrastes infinis, telle était la palette qui dessinait les chemins de notre destination. Nous sommes grimpé à 4000 mètres d’altitude. 4000 mètres de pur enchantement. 


Le Manaslu portait un autre nom: la montagne tueuse. Chaque année, elle tuait plus d’alpinistes que sa grande voisine l’Everest.

Manaslu signifie aussi: « choisir les âmes » ou « ça dépend des âmes ». Ainsi, la montagne emportant chaque années de nouvelles âmes avec elle portait bien son nom.
 Elle vous domine de sa grandeur, et vous emporte avec elle dans une contemplation éternelle.




En rentrant, je dormis tout l’après-midi. Je ne pus contenir ma fatigue, j’étais gelée de la tête aux pieds.
 

A mon réveil, je retrouvais mon fils entrain de jouer aux cartes avec des Canadiens.
Quant à moi je pris place à la seule table où je trouvais de la place. Deux hommes étaient plongés dans leur bouquin.



 

-Can i take a i seat here please?


-Yes, sure!



 

Il ne fallut pas moins d’une minute avant que la conversation ne s’engage sur le trek avec mon fils et notre tour du monde.

On m’offrit généreusement une tasse de mon thé préféré (citron gingembre). J’acceptais avec joie.
 Trois autres personnes les rejoignirent quelques instant plus tard. La bande d’amis qu’ils étaient venait de Pologne.
 Nous finirons la soirée ensemble. 

Dîner, thé, jeux de cartes. Nous apprendrons de nouveaux jeux et passerons un très bon moment.
  

Qu’est-ce que j’aimais cette ambiance de fin de journée dans les lodges, où tout le monde se retrouve, sympathise et crée d’inoubliables souvenirs.
 

 

J-10 Les peuples des montagnes

.

Je me réveillais une demi-heure avant le réveil. 

C’est avec précipitation que je reprenais la lecture palpitante de ma série roman: La bicyclette bleu. En un mois et demi j’avais déjà dévoré les 6 premiers tomes sur 10.



Un câlin de mon fils. Le temps de rempaqueter nos sacs, puis s’était déjà l’heure de petit déjeuner. 



Nous nous retrouvions à la table des canadiens. Des œufs au plat et des nouilles pour Estéban, du pain Tibétain avec du miel et du beurre de cacahuète, ainsi qu’un thé citron gingembre frais pour moi.



Comme de coutume depuis le début du trek maintenant, nous nous mettions en route dès 7h vers le village suivant.
Une petite promenade d’environ 3h dans une vallée désertique, entourée de sommets colossaux enneigés, le tout baigné par la lumière des rayons du soleil.
Nous avons grimpé de quelques mètres supplémentaires avant d’atteindre notre lodge.


Étant arrivés tôt, je profitais de cette fin de matinée pour faire cours à Estéban, dictée, conjugaison, mathématiques.




Après l’heure du déjeuner je n’ai pratiquement plus vu mon garçon qui a passé son après-midi à jouer avec un petit chien, puis parti voir un hélicoptère posé au sol où se trouvait sûrement tous les enfants népalais du village. Jusqu’à ce que, sous les yeux ébahis de tout ce petit monde, l’hélicoptère prêt à partir, moteur à bloc, s’envola telle une tornade balayant tout sur son passage.

 Estéban était fou d’excitation face à ce spectacle. Ce après quoi, il sera invité à disputer une partie de foot avec les moines du village. 
Ce n’est qu’en fin d’après-midi que je le retrouverai.



Pendant ce temps je continuais de dévorer les aventures de Léa et François dans ma liseuse, puis sympathisais à nouveau avec des trekkeurs; un australien, un français expat en Irlande et sa fille de 16 ans. Nous finirons la journée ensemble à discuter autour du feu.



Le village nous offrait une vue imprenable sur la montagne. Un vrai sanctuaire de paix. C’est impressionnant de se trouver à une telle altitude, perdu au milieu de ces horizons infinis, de tels petits villages plein de vie.


Les maisons sont tellement primitives.
Des pierres entassées les unes sur les autres avec un semblant de fondations en bois et de la taule en guise de toit.

Elles n’ont ni fenêtres, ni cheminée, encore moins d’électricité, ne disposant d’aucune isolation du froid. Il y a des toilettes publiques et quelques points d’eau courante pour tout le village. 
Au rez-de-chaussée de chaque habitation nous y trouvons les animaux, la paille, les outils pour travailler au champ. Puis au-dessus la pièce à vivre disposant de trois fois rien avec pour seul éclairage la « porte d’entrée », un poêle, quelques couvertures entassées sur le plancher.

Quand je vois à quel point les températures peuvent chuter brutalement le soir, je me demande comment il font quotidiennement pour vivre cette vie, si peu vêtus dans des conditions pareilles.

Certains déambulent dans les rues en tongs, lorsque moi je ne sens plus mes pieds dans mes chaussettes et mes chaussures. 

Je suis impressionnée et admirative de cette vie que les villageois mènent avec tant dignité, tant elle est dure et précaire. Les Népalais des montagnes sont toujours souriants, accueillants arborent un visage rempli de douceur. Ils sont, d’une façon générale, très touchant dans leur attitude. Ces personnes savent s’estimer heureux de ce qu’ils ont déjà et apprécient simplement la vie comme elle est.
 Je ne vous parle même pas des Sherpas que nous croisons tous les jours, parcourant des dizaines, voire vingtaines de kilomètres portant sur le dos entre 20 et 40 kilos, peu importent les conditions du temps et du terrain. Le soir venu, ils dorment dans des tentes. Leurs conditions de vie sont pénibles, mais malgré cela, ils ont la joie de vivre, vous regardent avec curiosité et bienveillance, sont toujours prêts à rendre service et garde un franc esprit de camaraderie entre eux.


Sacrée vie que mènent ces peuples des montagnes.
.. 

 

J-11 En direction du camp avant la montée.



Cette nuit, je me suis blottie dans le lit de mon fils pour tenter de gagner quelques degrés de chaleurs supplémentaires.



Ce jour-là, nous nous lancions vers la dernière étape avant le col de 5000.

Tout le monde était pressé d’arriver en premier, car nombreux nous étions, et peu de place en « chambres » étaient disponibles. Autrement il faudrait dormir en tante, ce qui n’avait pas tellement l’air d’enchanter les marcheurs. Personnellement, même s’il est certain qu’une chambre c’est toujours agréable, dans un cas ou dans l’autre, ceux qui me connaissent bien le savent, on aurait fait avec.


Deepak nous avait annoncé entre 5 et 6h de marche, mais il faut croire que l’on s’en sort de mieux en mieux car nous atteindrons notre campement en 4h30 malgré les raides montées nous y menant.


À notre arrivée, la chance était avec nous, notre sherpa était parti tôt le matin avant nous et avait pu nous réserver une chambre.
Une pièce en préfabriqué, le sol était de pierre sur lequel reposait des matelas.

Après déjeuner Estéban s’en alla regarder un film dans la chambre.

Moi je me commandais un pot de thé citron gingembre, tout en écrivant mon journal et en faisant connaissance avec les premiers Italiens de notre Trek au Népal. 

Contente de pouvoir pratiquer mon italien, c’est dans cette langues que nous échangerons notre conversation.


Tout le monde semblait anxieux, épuisé, les visages rayonnant des premiers jours avaient laissé place aux cernes, un cumul de fatigue auquel le froid contre lequel on devait lutter ne venait pas aider.
Chacun attendait patiemment que l’après-midi se passe. 
Le temps c’était couvert, il neigeait à présent.
 Nous étions tous emmitouflés sous des tonnes de couches de vêtements à boire du thé.
Cette ambiance campement avait déjà des allures de grande expédition qui faisait palpiter mon coeur à mille à l’heure.
 Je ne le dirais jamais assez, mais quelle aventure ! Jamais je n’aurais imaginé vivre quelque chose aussi riche de rencontre et d’expérience.
 Même Estéban malgré la difficulté de certaines journées, est enchanté par ce trek et enthousiaste à l’idée de recommencer un jour. Mais cette fois-ci pour aller vers le camp de base de l’Everest.

Il m’a confié avoir eu peur de ne pas être à la hauteur du défi, mais qu’il était fier et heureux d’en être arrivé jusqu’ici.

À partir de demain les jours se décompteraient et se sera la fin. Ça aura été à la fois très long et très rapide.

J’avoue volontier qu’à présent je ne rêve plus que d’une seule chose, une bonne douche chaude et de vêtements propres. Nous serons restés pas moins de 10 jours sans pouvoir nous laver autrement qu’avec notre dernière chaussette propre et du savon, ainsi que 10 jours dans les mêmes vêtements. Ce n’est vraiment pas quelque chose de facile, de transpirer la journée, garder ses vêtements sales, se coucher avec, recommencer le lendemain. 

Au début on s’y fait, mais vers la fin, ça touche limite de l’insupportable. 

Il faut clairement apprendre à lâcher prise sur l’hygiène dans un voyage comme celui-là. À moins d’avoir le courage de passer à la douche froide dans des sanitaires où il y règne un froid aussi glacial que celui de dehors. On le fait les 4 ou 5 premières journées et puis on a vite fait d’abandonner l’idée par la suite.


La nuit fut vite tombée sur notre campement, la neige et le brouillard tombés ne nous donnait plus aucune visibilité.

À travers la fenêtre de la salle à manger, la noirceur du temps donnait des allures de tempête, de fin du monde.

L’ambiance était agité au salon. 

 

Dès 17h30 on servait les premiers repas et vers 18h30 chacun regagna ses quartiers.

Afin de supporter le froid, Estéban et moi avions zippé nos sacs de couchage ensemble puis avons à nouveau dormi blottis l’un contre l’autre. 


Aller aux toilettes en pleine nuit était digne d’une expédition type grand nore, car ils se trouvaient bien 100m plus loin de la chambre et l’on y voyait pas à 10 mètre. Il neigeait abondamment, le sol était recouvert de poudreuse. Quant au froid, lui, glaçait le corps tout entier. 
Pas de sceau dans le cabanon cette fois-ci pour pallier à l’excursion pipi.
  

 

 

 

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