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À la conquête du Manaslu - EP1

November 7, 2018

 

 

Jour-0 De Delhi à Kathmandu.


Notre arrivée à Kathmandu ne fut pas sans péripéties. Cette dernière journée en Inde m’avait abattu donnant le coup de grâce.

Dans le train Delhi jusqu’à Gorkhpur, tout s’était merveilleusement bien passé.
Nous avions sympathisé avec une famille et une adorable petite fille, laquelle nous avait adopté le voyage durant. C’était agréable de pouvoir communiquer et échanger avec les Indiens, de ressentir de la bienveillance. Ce sera peut-être une des rares fois où, il me sera possible de découvrir un visage de ce pays que j’aurais aimé croiser davantage.

Arrivés à l’étape suivante, nous devions prendre le bus jusqu’à la frontière Népalaise à 12h30. Ne sachant lequel prendre car ils se présentaient par vingtaine, sur le parking, dans la rue, dans un sens puis dans l’autre, je demandais alors les renseignements à une personne travaillant pour la compagnie de bus gouvernementale. L’homme me trouve ce qui était supposé être le bus de 12h30, lequel devait partir dans quinze minutes. Nous nous installions dans ce qui semblait plutôt être un bus désaffecté tombant en ruine, il y régnait une chaleur écrasente.

Quelques instant plus tard les personnes qui s’étaient installées dans le bus, descendaient toutes se précipitant dans celui d’à côté. Le temps que je comprenne ce qu’il se passe, il était trop tard. Nous n’étions pas dans le bon véhicule...
Je garde mon calme, ce n’était pas bien grave, celui dans lequel nous étions devait suivre une heure après. Sauf qu’il ne partira jamais à 13h30 mais à 15h30 de façon  laborieuse, moteur fumant, le conducteur avait du mal à passer les vitesses puis finalement, deux kilomètres plus loin, il demandera à tout le monde de descendre. Le bolide avait un souci technique et ne pouvait à priori pas aller plus loin... J’en rageais, mais ce n’était pas le moment de perdre patience.

Nous arrivons à prendre place dans un autre bus en direction de Sunoli.

Pas tellement mieux. Blindé de monde, dégueulasse (il n’y a pas d’autres mots pour décrire l’état du véhicule), moteur fumant à l’intérieur rendant l’air irrespirable, combiné à la poussière qui soulevait sous les roues du bus et l’écrasante chaleur.

Le klaxon retentissait inlassablement d’un bruit assourdissant dans nos oreilles toutes les cinq secondes. 

Au moment de présenter mes billets au contrôleur, il m’annonce que celui acheté plus tôt, pour lequel j’avais dépensé mes derniers roupies, bien entendu n’était plus valable. Il ne voulait absolument rien entendre et me considérait avec mépris. Cela m’agaçait terriblement de devoir repayer alors que ce c’était pas de ma faute si je n’avais pas pu partir plus tôt, d’autant plus que je n’avais plus assez pour nous repayer un billet. Une bonne âme se dévouera pour prendre à sa charge notre ticket de bus à Estéban et à moi. Je le rembourserais à l’arrivée avant d’aller au poste de contrôle.

Vers 20h30, nous y étions enfin. Il faisait nuit, j’étais à bout de force, nous voyagions depuis la veille, je me sentais sale, ma peau était pleine de poussière, de traces noires, quel calvaire! 

Mon fils avait les nerfs qui lâchaient aussi et pleurait d’épuisement. 
Notre bienfaiteur me fit comprendre qu’il ne voulait rien et partit de son côté. Je le remerciais infiniment puis nous nous dirigions vers le poste des services d’immigrations, pour obtenir notre tampon de sortie avant de traverser la frontière Népalaise.

Un rickshaw tentera sa chance en me faisant croire que la frontière se situait à plus de 5 kilomètres d’ici. Pas de chance pour lui, aux services ils m’avaient affirmé que c’était à 500 mètres en sortant du bureau sur ma droite.
 Je retrouvais en chemin une japonaise, laquelle avait fait le trajet en bus avec nous. C’est ensemble que nous nous rendions aux services d’immigration.


Je remplissais les papiers. Pour le moment tout allait bien, jusqu’à ce qu’ils m’annoncent que mes dollars étaient trop anciens pour être acceptés. S’en était trop pour aujourd’hui, je m’effondrais littéralement en larmes. J’en avais tellement marre de cette journée et de ces galères qui n’en finissaient plus. J’étais usée, jusqu’au bout j’étais usée.
La chance tourna quand Dieu merci, la Japonaise avait sur elle les bons billets. Nous procédions alors à un échanges.

Le fameux tampon sur les passeports, nous pouvions reprendre notre route.


-Arigato gozaimasu, sayanora ! En m’inclinant vers cette dame qui m’avait sauvée la mise.




Un dernier taxi jusqu’à notre hôtel étape, avant de reprendre la route le lendemain. 

La douche fut salutaire, et ne tardions pas à nous endormir.

L’Inde m’aura épuisée jusqu’au bout. Jusqu’au dégoût. Je ne suis pas prête d’oublier la galère qu’aura été cette journée. Mes nerfs avaient été mis à rude épreuve, quant à ma patience, elle s’était lassée et définitivement usée.



Nous reprenions notre route en direction de Katmandu dès 8h le matin. À 9h, nous montions dans un bus kitsch au possible, folklorique, musique à fond, secoué comme de coutume sur des routes défoncées, et mon dieu que ce fut long ! C’est seulement 12 h plus tard que nous arriverons à destination.

Mauvaise pioche pour l’hôtel. J’avais décidé d’y mettre un peu plus  le prix afin de pouvoir nous reposer avant de partir en trek. Mais notre chambre était immonde. Chasse d’eau cassée avec des restes des anciens voyageurs au fond de la cuvette, les draps n’avaient pas été changés et sentaient la vieille transpiration. À l’accueil de l’hôtel ils semblaient tous être ou bourré ou drogué ou les deux...
Il était trop tard pour que je parte car 22 h venait de sonner et que je n’avais plus la force de me rendre où que ce soit à une heure si tardive, dans un nouveau pays. J’exigeais que l’on change les draps et leur annonçais que nous partirions dès le lendemain matin.

Je bookais en ligne notre nouvel hôtel, et puis m’endormis rapidement, tandis qu’Estéban regardait quelques dessins animés en Népalais.


Le lendemain matin, sac à dos sur le dos, il y avait 40 minutes à pied jusqu’à notre nouvel hôtel qui se trouvait à Thamel, dans le quartier touristique de Katmandu. J’avais besoin de marcher et de prendre l’air. 

Ainsi nous découvrions notre nouvelle ville d’accueil à notre allure avec émerveillement et étonnement à la fois.

Après l’Inde, malgré le bazar environnant, c’était tellement plus calme ! Ça ne klaxonnait plus à tout va, il y avait des trottoirs, les voitures n’étaient plus mêlées aux marcheurs, aux vaches et autres étrangetés. Bazar oui! Mais calme et plus organisé.



Les jours suivants se passèrent très bien. Nous retrouverons des amis de Sadhana Forest qui venaient d’arriver eux aussi en ville, autour d’une bière et d’un concert rock dans un Irish pub. Puis le lendemain petit déjeuner avec Annel, une blogueuse rencontrée via un groupe de femmes qui voyagent sur Facebook. Nous nous étions donné rendez-vous au pied du bouddhanat dans un café chic bobo, où nous dévorions pancakes, salade de fruit, café fraîchement moulu (quel bonheur!) et puis deux jours plus tard, nous dînions avec des compatriotes Azuréens, venus en mission pour aider les enfants de la caste des intouchables.

Ça me faisait tellement de bien de renouer avec une vie sociale, les bars, les cafés, les terrasses, les rencontres. Je réalisais à quel point je m’étais sentie très seule durant notre voyage en Inde et combien j’appréciais à présent de retrouver un peu de ma vie d’avant après un tel dépaysement.

Nous découvrions même une boulangerie française pourvue d’un salon de thé baignant en plein soleil, entouré de pamplemoussiers, dans laquelle nous prenions plaisir à nous rendre tous les matins avec Estéban avant notre départ imminent pour le Manaslu. 

  

 

Jour 1 - Voyage de Kathmandu à Soti Khola.



 

La veille, je découvrais Deepak Panday, qui serait notre guide. Il avait l’air si jeune, je fus surprise, néanmoins son visage respirait la gentillesse. 


En discutant avec lui, je pris connaissance de son âge: 24 ans ; cela faisait maintenant 4 ans qu’il travaillais en tant que guide, et était déjà allé 11 fois dans le Manaslu. Auparavant, il avait été porteur. (Ça commence souvent comme ça pour eux, avant de pouvoir devenir guide.)




A 5h30 le matin, notre journée débutait. Estéban et moi démarrions mal cette aventure. Il se plaignait de maux de ventre, avait la nausée. Quant à moi je cumulais maux de ventre (entre autres joyeuseté) et rhume.

 C’était donc affaiblis que nous grimpions à 6h dans notre nouveau bolide. Je dois avouer que je commençais à être fatiguée des bus déglingués et des routes éclatées. Paradoxalement il faut croire que l’on s’y habitue car nous passerons les trois premières heures endormis à poings fermés.

La suite sera longue et pénible. Nous étions en plein festival, l’ambiance dans le bus plein à craquer était alors à la fête. Imaginez-vous un trajet de 12h sur des routes extrêmement étroites, qui ne sont pas des vraiment des routes, mais des sentiers à flanc de montagne, où le moindre coup de volent mal maîtrisé nous jetterait tous dans le ravin, un gamin sur le toit pour contre balancer le poids du bus à chaque virage, malade, mal de crâne, musique encore à fond, foule excité... On se retrouvera plusieurs fois embourbé avant d’arriver à notre première Guest house.

Notre chambre était plutôt pas mal ; on se payait le luxe d’avoir nos sanitaires privés. La fenêtre nous offrait une vue impressionnante sur des montagnes verdoyantes et cette rivière déchaînée. Nous n’avions pas commencé que le dépaysement était déjà là.

Malgré mon état, un bonheur infini m’envahit face à cette vue incroyablement sauvage.


Après une bonne douche (notre dernière douche chaude), nous descendions dans la salle à manger où nous ferons connaissance avec Mike, Jim et Nick. Trois Américains de l’Oklahoma, avec lesquels le courant passera tout de suite et qui deviendront par la suite de véritables amis.

Nous dînions ensemble ce soir-là, tout en faisant connaissance.

Ils étaient bluffés qu’une jeune femme de mon âge parte seule dans une telle aventure avec son fils de dix ans.

Nick aussi rêve de faire le tour du monde. De me voir me débrouiller seule avec Estéban dans ces mondes inconnus lui donnait envie de reconsidérer son rêve. Il comptait y réfléchir de retour chez lui aux Etats-Unis.
 On ne manquait pas d’éloges au sujet de mon fils, ce qui avait le mérite de le motiver davantage.

Nous étions là, tous les cinq assis autour de cette table. J’avais l’impression d’être dans une autre dimension, dans un film.
Les scènes qui se déroulaient devant mes yeux, l’atmosphère, étaient de celles que j’avais l’habitude de voir de l’autre côté de mon écran. À présent, c’était à mon tour de vivre mon aventure, et c’était plus réel que jamais. Je n’étais plus la spectatrice qui rêvait de partir en expédition, mais l’actrice qui partait avec son fils à la conquête d’un des plus beaux site du Népal : le col du Manaslu.



Jim me prendra sous son aile, un peu comme un papa. Il me donna de quoi me soigner, sera toujours attentionné et bienveillant.


La soirée se termina à 20h00 pour nous. Nous nous effondrions dans nos matelas au son de la rivière, l’on se laissa transporter dans son lit.  

 

Jour 2 - Premier jour de marche jusqu’à Maccha Khola.



À 6h30, nous retrouvions nos Américains au petit déjeuner. Nous avons tous choisis des pancakes, et j’avais dans mon sac de quoi faire pâlir toute une nation d’Américains: un pot de beurre de cacahuète !

Et c’est avec grand plaisir que je partageais mon trésor avec eux.



7h, Deepak, notre sherpa, Estéban et moi, nous mettions en route. Nous marcherons pendant cinq heures environ avant d’atteindre le lodge suivant à Maccha Khola.


Nous traverserons des paysages tous plus beaux les uns que les autres, d’immenses montagnes couvertes d’une dense et verte végétation, entre lesquelles plongeaient les rayons du soleil offrant de magnifiques contrastes d’ombres et de lumières. Nous croiserons nombre de chutes d’eau, de petits villages de pierres, d’animaux. Les chemins étroits et rocailleux creusés dans la montagne, longeaient cette immense rivière dont nous ne verrons jamais ni le début, ni la fin.


Estéban peinera un peu pour cette première journée de marche. Il subissait surtout la chaleur qui, il est vrai, était accablante une fois le soleil levé. Cependant, je suis confiante. C’est un nouveau rythme de vie qui s’offrait à nous, demandant un temps d’adaptation. Je ne doutais nullement de la capacité de mon fils à boucler ce trek jusqu’au bout.

On a tendance à toujours surprotéger nos enfants, à minimiser leurs compétences, on veut toujours à tout prix les préserver de la douleur ou de la souffrance, alors qu’elles font partie des apprentissages de la vie. Une vie sans souffrance n’existe pas, et passer son temps à s’en prémunir n’aide pas à grandir (attention, je ne parle pas de se mettre en danger), qu’importe qu’on est 5, 10, 20 ou 30 ans ou plus. On peut ne pas adhérer à ce discours. Mais c’est ainsi que je vois les choses. C’est enfant, adolescent, que l’on se construit, que l’on se prépare petit à petit à la vie d’adulte.



A midi, nous atteignions notre guest house. Par chance, nous logions dans la même que celles de nos Américains.


Ils partagèrent avec moi leur pot de thé et liqueur citron, à mon tour je partageais mes biscuits. Et c’est dans cette ambiance chaleureuse de partage et de bonne humeur que nous passerons la journée ensemble à jouer aux cartes.

J’étais en train de tomber littéralement sous la charme de cette atmosphère qui régnait. On se reconnecte aux gens, à la vie. Pas de téléphone, de réseaux sociaux, juste l’instant présent.

  

 

Jour 3 - Une nouvelle vie.



La nuit fut atroce, j’ai dormi en compagnie des deux plus grosses araignées que je n’avais jamais vues auparavant! 

Par fierté je n’avais ni oser crier, ni oser appeler qui que se soit. 

Et pour l’arachnophobe que je suis, ce fut pire qu’une épreuve. J’attrapais mon bâton de marche, éteignit la lumière avec puis me recroquevilla dans mon lit terrorisée au bord des larmes.
Je n’en dormi pas de la nuit, n’osa pas plus me lever pour aller aux toilettes. 



Au matin suivant, je racontais ma mésaventure à mon guide et à mes nouveaux amis, lesquels ne manquèrent pas de se moquer de moi.


C’était une routine agréable que de se retrouver chaque jour, ça apportait de la joie et du réconfort à cette aventure.
Nous partagions à nouveau, thé, beurre de cacahuète et conversation.
Puis à 7h nous nous mettions en route.



La journée de fut très longue, pas loin de 9h de marche dans les jambes à grimper, à descendre, sur des sentiers ardus et étroits, c’était plutôt fatiguant, surtout pour Estéban qui malgré un coup de mou vers midi, qui me fit comprendre qu’il fallait que nous prenions une grande pause, m’a incroyablement épaté et s’en est très bien tiré.
C’était prometteur pour la suite.
J’encourageais mon fils en lui disant qu’il était fort, qu’il en était capable et que j’avais confiance en lui, qu’il pouvait le faire, et qu’il serait fier de lui, que tout le monde serait fier de lui, qu’il n’en serait que plus fort, ceci en boucle pendant plusieurs minutes. Sa baisse de moral finira rapidement par passer et il reprendra la randonnée d’un pas motivé et ce jusqu’à la fin.
 Les marcheurs, les sherpas, et autres népalais que nous croiserons tout le long du chemin ne tariront pas d’éloge sur Estéban et sa détermination.



Les paysage se déroulant sous nos yeux étaient tout simplement grandiose.


Liberté. 

Devant cette immensité paisible, un seul mot me venait, liberté.
 On en oublierait presque la réalité, à moins que la réalité ne soit ça; ces montagnes à perte de vue, aux mille et un contrastes, tantôt bercé dans la lumière, tantôt bercé dans l’ombre, longées par la rivière dans laquelle viennent se jeter d’immenses cascades. L’horizon vous transporte tout entier. Cette expérience était enivrante et unique, incroyable.
 

Quand mon guide m’annonçait que ça ce n’était rien, et que le meilleur était à venir, il me tardait de dénicher les merveilles que recelait ce parcours.


Au fil des jours, je découvrais aussi une vie où personne ne sortira son téléphone pour consulter messages et autre réseaux sociaux. Où chacun se parle, interagit, se regarde droit dans les yeux. 

Ça me fait me poser des questions, sur la place trop envahissante que peut prendre cet engin au quotidien. La liberté de ne plus entendre de sonnerie, de ne plus se soucier tout simplement de son téléphone. Je redécouvre une vie qui s’est perdue avec le temps et l’hyper connectivité.


Ici, on revient à l’essentiel, aux relations vraies, sans petit écran. La désintox fait un bien fou.



Le soir, nous retrouvions notre équipe d’inséparables. 

Nous fûmes arrivés avant eux, car Nick s’était tordu la cheville plus tôt. Cet incident les avaient drastiquement ralentis.

Nous jouerons encore aux cartes et passerons la soirée à rire, à bavarder, à profiter des petits bonheurs de la vie.

Quel bonheur d’être ici.

Ce n’était que la troisième journée, et jamais je ne pourrai oublier cette expérience. 

C’est tellement spécial, ça se vit, ça vous change à tout jamais.

  

 

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