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Randonnée innoubliable dans les Nilgiris.

September 24, 2018

 

Ce sont les premiers mots qui me viennent. Je n’en n’avais pas espéré tant de cette randonnée dans les Nilgiri Mountains. Je n’oublierai jamais ces visages qui nous ont accueillis avec des sourires immenses, une certaine curiosité, mais surtout, une grande générosité.

Ce matin, après avoir dégusté quelques idlys et dosas accompagnés de chutney coco et de sauce sambar (qui sont les spécialités du Tamil Nadu au petit déjeuner) dans une petite gargote ne payant vraiment pas de mine, mais laquelle était toujours pleine. Et pour cause, nous y mangeons très bien (bonus: nous ne sommes pas tombés malade), de plus, ça nous coûtait moins d’un euros par personne pour se faire exploser la panse.

Les estomacs bien remplis, nous partions mon fils et moi en direction de l’Office du Tourisme. Nous prenions de la hauteur en passant par des petites ruelles, ce qui nous offraient une vue panoramique sur la petite ville d’Ooty aux maisons colorées qui d’une certaine façon me faisaient penser aux villages Italien des Abruzzes. Bien des détails de cette région rappelaient à mes souvenirs. Comme le jasmin, les roses, le mimosa ou encore l’eucalyptus que nous trouvions en abondance dans les Alpes Maritimes.

Quelques minutes plus tard, après avoir demandé mon chemin, l’office du tourisme se dressait devant nous.

-C’est fermé aujourd’hui. M’annonçait un vieux Monsieur au loin.

Il s’approchait davantage.

-L’Office est fermé aujourd’hui, c’est une journée nationale, c’est férié. Vous cherchiez des informations?

Il avait une allure fort sympathique, la cinquantaine bien passée très certainement, barbe et cheveux blancs, quelque chose de touchant dans son regard, son visage inspirait la confiance.

Je lui explique que j’aurais souhaité avoir des renseignements sur les randonnées qu’il est possible de faire à Ooty, ainsi que les endroits à visiter.

Il me montra son certificat, et il s’avérait être guide de montagne. Il m’invite à m’asseoir dans un magasin en face, déplie sa carte qui avait quelques années devant elle au vu de l’usure qu’elle montrait. Il me propose plusieurs itinéraires.
Je repère cet endroit avec plusieurs lacs et lui dit que j’irais bien ici.

-Quand est-ce que tu veux y aller?
-Ben, quand êtes-vous libre?
-On peut y aller aujourd’hui si tu veux.
-Vraiment? Allez, c’est parti alors!

Et voilà comme à 10h30 en partant à la pêche aux infos, nous nous retrouvions mon fils et moi pour une randonnée improvisée pour toute la journée.

Notre guide s’appelle Rajiv.

Nous traversons plusieurs ruelles jusqu’à atteindre l’arrêt du bus. En attendant celui-ci, Rajiv m’offrit un chai pour patienter. Puis nous embarquions à bord d’un des bolides de ligne Indien pour une quinzaine de minutes. À l’intérieur tout est rafistolé avec les moyens du bord, les gens montent et descendent du bus encore en marche, les freins quant à eux supplient à la réparation à chaque utilisation d’un grincement gras, rendant inaudible toute conversation.

Nous arrivons en pleine campagne lorsque nous descendions du bus. Les routes étaient bordées de quelques gargotes vendant chappattis entre autres parotas, biscuits et snacks. C’est par ailleurs ici que nous achèterons notre déjeuner pour plus tard. Des Chappattis fait minutes que notre vendeur emballera soigneusement avec ses sauces dans des feuilles de bananiers puis de papier journal. Le tout bien empaqueté, prêt à voyager avec nous.

Ravij nous faisait découvrir la faune et la flore qui nous entourait, avec un savoir très précis. Pour ça, les Indiens sont impressionnants, dès que l’on part en pleine nature avec eux, ils connaissent chaque plantes et leurs vertus.
Nous traversions des vallées verdoyantes jusqu’à quitter les chemins tracés pour nous enfoncer dans la forêt dense qui recouvrait les montagnes des Nilgiris.
C’était une pure merveille. Quel lieu paisible! C’était comme pénétrer dans un lieu sacré, des vagues de bien-être nous envahissent tout entier. Je me sentais déconnecté de mon propre corps, en symbiose parfaite avec la nature. J’aurais pu rester ici des heures à m’abandonner aux bras de mère nature.
Pendant notre marche, nous pouvions par moment observer des singes noirs sautant de branche en branche au-dessus de nos têtes.
Les lumières du soleil traversant les pins et les fourrages étaient un spectacle divinement apaisant que je ne me lassais pas de contempler.

Nous marchions depuis un peu moins de deux heures, lorsque, au milieu de nulle part, quelques garçons jouaient au football sur un terrain vallonné, entouré d’arbres.
Notre guide les connaissait bien ces gamins. Il vivait depuis toujours dans sa montagne et avait vu naître, grandir et mourir grand nombres de ses semblables.
Estéban fut invité à jouer avec eux.

Rajiv et moi-même nous asseyions. Nous les observions gaiement en train de s’amuser tous ensemble. Nous échangions également quelques confidences sur nos vies et la différence de nos cultures.
Il me parla également des tribus habitant les Nilgiri (les montagnes bleues). La sienne, les Todas, vivaient ici depuis plus de 3000 ans et n’étaient aujourd’hui plus que 1500. Ces tribus vivent principalement de la terre qu’ils cultivent, des plantations de thé, du lait que leur apportent les bisons, et de la broderie que les femmes vendaient en ville. Les enfants vont à l’école, mais il m’a confessé que son peuple était tiraillé entre le désir de vouloir éduquer leurs enfants, qu’ils fassent des études, et la peur de les voir partir, par conséquent de voir les Todas disparaitre pour toujours. Alors ils sont souvent retirés de l’école dès qu’ils ont acquis les bases élémentaires et les jeunes filles sont mariées entre 15 et 18 ans.

Juste derrière le bosquet qui nous abritait du soleil se trouvait quelques maisons. Il tenait absolument à me présenter les personnes qui y vivaient, les siens, les Todas.

Très touchée c’est avec joie que je l’accompagnais. Estéban lui resta avec ses camarades à jouer au ballon.

Je découvrais ces femmes et ces enfants, qui vivaient dans la simplicité la plus absolue. Deux couturières assises à l’ombre d’un arbre, s’affairaient à leurs travaux de broderie. Une pure merveille. Autour d’elles des jeunes filles intimidées par ma présence, s’approchaient et riaient.
Elles m’offrirent une tasse de café, s’assirent à côté de moi. Nous tentions de communiquer dans un anglais approximatif. J’avais dans mon sac des carnets et des crayons de couleurs, et c’est avec joie que leur proposais de dessiner avec. Les filles se disputaient les crayons, la plus jeune d’entre elles, gribouillait sur chaque page ce qui lui valait les remontrances de ses sœurs (alors qu’à moi, ça m’était bien égal). Je finis par leur offrir l’un des carnets et mes crayons.
Rajiv aussi avait démontré ses talents de dessinateur dans mon carnet d’écriture, il y dessina leur temple, une hutte traditionnelle faite de rotin et de foin, dans lequel les femmes n’avaient pas la permission d’entrer.

Les jeunes filles m’emmenèrent le voir. Je devais retirer mes chaussures à quelques mètres de leur temple, je pouvais m’en approcher mais bien entendu, pas y pénétrer. Je fus tout de même très émue, d’avoir été invitée à le voir de si près.

De retour sous notre arbre, elles me posaient plein de questions sur l’endroit où je vivais. Alors je sorti l’ordinateur de mon sac à dos pour leur montrer les photos de la région où je vivais, entre mer et montagnes. Elles avaient les yeux ébahis. Ces demoiselles ne connaissaient que leur montagne et l’école du village et je pense, étaient loin de s’imaginer que cela puisse être si différent ailleurs.
Les femmes m’invitaient à partager le déjeuner avec elles. Ma première réaction fût d’être gênée, car elles vivent dans le dénuement le plus total, et prendre leur nourriture me donnait l’impression de leur enlever le pain de la bouche. Néanmoins, elles insistaient, cela leur faisait plaisir d’avoir des invités. Profondément reconnaissante de cette invitation, je l’acceptais donc avec émotion. Estéban et les garçons nous rejoignaient. Nous partagions alors les chappattis acheté plus tôt.
Leur maison étaient composées de 2 pièces, très sombres. Dans l’entrée une télévision à l’image crépitante et puis un lit dans lequel une personne dormait. Dans la cuisine se trouvaient des étagères sur lesquelles était empilée la vaisselle, creusé dans le sol, un coin dans lequel l’on disposait les braises pour préparer le repas. Une grande table au centre de la pièce et un lit de fortune au fond.
C’était comme se retrouver dans une des émissions “Rendez-vous en terre inconnue”. J’ai à ce moment-là pris une claque en pleine figure, quand je pense à moi, aux autres en France, qui nous plaignons de tout et de rien, de la pluie, même du beaux temps. Et quand je vois ces personnes qui possédaient peu, mais donnaient généreusement et qui semblaient être heureuses. Ça donne longuement à réfléchir.

Après être restée auprès d’elles bien une heure et les avoir mille fois remerciées de leur hospitalité, notre guide, Estéban et moi, reprenions notre marche.

Nous traversions plusieurs fermes où les femmes travaillaient la terre, cueillaient, plantaient, labouraient. Partout où l’on passait nous étions invité à boire le thé, accueillis avec la joie dessinée sur leurs visages.
Je rencontrais à nouveau une couturière. Très fière de sa dernière étole, elle me montra cette magnifique écharpe au travail minutieux et délicat, un tissu blanc cassé sur lequel des motifs rouges et noirs étaient brodés. J’ai tout de suite eut le coup le cœur.

-Combien tu la vends ton écharpe?
-500 roupies
-Ok, je te l’achète!
-Vraiment? Me dit-elle les yeux ébahies
-Oui oui vraiment!

Je voulais absolument garder un souvenir de ces magnifiques rencontres qui avaient eu lieu tout au long de cette incroyable journée.

Nous arrivons à présent face à un immense lac dont on ne voyait ni le début, ni la fin. Au milieu de ces paysages grandioses, de ce calme religieux, j’avais l’impression d’être partout dans le monde, sauf en Inde.
Nous étions à 2500 mètre d’altitude. Ça grimpait sec, Estéban peinait un peu à garder le rythme, mais très fière de lui, car il a tenu bon. Un peu plus tard nous arrivions face à une plantation de thé. J’ai à cette occasion pu apprendre comment nous faisions le thé noir, le thé vert et puis le thé blanc. Je pouvais observer les femmes qui portaient sur leurs têtes d’immenses sacs remplis du trésor vert qui faisait la fierté de cette partie de la région. Elles allaient et venaient jusqu’au camion, prêt à partir.

Rajiv négocia avec le conducteur pour que l’on puisse faire route avec le chargement de feuilles de thé.

- oui oui, pas de problèmes, allez! Sautez! Nous partons!

Quelle expérience hallucinante! Nous prenions place dans notre carrosse avec Estéban et notre guide. Assis parmi les sacs de feuilles de thé, cheveux au vent, nous descendions les routes de montagnes. Estéban saluait chaque personne qu’il croisait, pris de fou rire, il s’est éclaté durant tout le trajet!
J’en ai encore des frissons à l’heure où j’écris ses lignes.
Notre camion, arrivé à destination nous faisait descendre. Et c’est en bus que nous finirons les 7 kilomètres restant jusqu’à Ooty.

C’est ainsi que s’acheva cette journée inoubliable, riche en émotions et aux rencontres toutes plus enrichissantes les unes que les autres. C’était bien plus qu’une randonnée, c’était une leçon de vie! 

 

 

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