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Une semaine à Sadhana Forest.

September 16, 2018

 

 
Nous sommes arrivés à Sadhana Forest jeudi dernier, après notre premier périple en bus depuis Chennai.

Les routes de Chennai sont un joyeux bordel qui vit au rythme des klaxons. Oui, le klaxon sert de clignotant, d’alerte, de “dégage de là”, de “attention je passe quoi qu’il arrive”, le klaxon servi à toutes les sauces. Entre autres familles entières sur un scooter, des automobilistes roulant à contre sens, des routes sur lesquels se mêlent la populace, les vaches, les troupeaux de chèvres, les déchets, les rickshaws et toutes sortes d’usagers sur deux ou trois roues.

Personne ne fait attention à personne, il faut à tout prix être le premier à passer, quitte à risquer sa vie et celle des autres. Voitures, camions, bus, slaloms à sens ou à contre sens au milieu de ce gigantesque capharnaüm.

Niveau émotionnel et sensationnel, c’est carton plein. Le bus file à vive allure, ne ralentit pas sur les dos d’ânes, ni sur les trous présents dans le bitume, nos fesses décollent du siège, il fait du surf entre les voitures, use et abuse de son klaxon, se rabat chaque fois in extremis sur sa voie quand il roule du mauvais côté de la route.

Après avoir été choyée pendant trois jours chez les amis de maman qui disposaient d’un chauffeur qui lui conduisant avec prudence, je me retrouvais jetée dans cette jungle urbaine le cœur battant. Trois heures de trajets et de sueurs froides plus tard, nous arrivions enfin à Auroville. Nous devions poursuivre notre périple jusqu’à Sadhana Forest en rickshaw. Encore un grand moment à bord de ce petit bouiboui traversant l’autoroute, puis arpentant les petites routes escarpées de Sadhana Forest.

Quatorze heures, nous arrivions à destination. J’étais éprouvée à mon arrivée. J’avais atterri dans un monde dans lequel je n’avais plus aucun point de repère. Mais j’ai été accueillie à bras grands ouverts avec beaucoup de douceur et de bienveillance, je me sentais en confiance, ce qui me redonna rapidement la sourire.

On nous offrit aimablement à déjeuner. Quel délice ce premier repas aux saveurs variées de cardamome, de coriandre, cannelle, noix de coco, curry, de quoi éveiller les sens.

Remise de mes émotions et repue, on me fit remplir la paperasse d’admission, quelques minutes plus tard, nous devenions nous aussi, des volontaires.

C’est avec émerveillement que j’ai chaque jour découvert et apprécié d’avantage ce coin de paradis au milieu de cette belle et jeune forêt remplie de d’ondes positives.

Tout a été conçu de manière à ce que tout ait une utilité. Tout se garde, rien ne se perd. Depuis la peau de la noix de coco qui nous sert d’éponge pour faire la vaisselle, aux cendres de la cuisinière au feu de bois qui nous sert de “savon” pour nettoyer la vaisselle, les branches taillées ou mortes sont ramassées et serviront à faire le feu pour cuisiner, le papier jetés à allumer le feu, les urines nourrissent les plantes, les excréments nourrissent la terre, les restes alimentaires partent au compost, soit pour les chiens ou les vaches.


Ce qui à première vue semble non recyclable l’est finalement car tout à toujours une utilité pour quelque chose (des vieilles tongues servent à faire des panneaux) et disposent donc d’une seconde vie. L’eau est pompée dans le sol ; nous disposons de l’électricité grâce aux panneaux solaires. On utilise des toilettes sèches, pour se lever nous remplissons un sceau d’eau et l’on verse l’eau à l’aide d’une grande tasse. Pour se laver les mains, il n’y a toujours pas d’eau courante, nous disposons ci et là de containers rempli d’eau, on verse une tasse dans un récipient percé et hop, l’eau coule!

Chaque journée passée ici, on réalise à quel point on peut faire énormément avec pas grand-chose et un peu d’huile de coude. Chaque geste compte et a son importance afin de faire perdurer ce cercle vertueux.

Les matinées à Sadhana Forest sont rythmées par les SEVA ou “self-service” en sanscrit qui signifie d’une manière pure et désintéressée, donner de notre personne pour aider.


Le réveil sonne à 5h30, un des volontaires se promène de hutte en hutte nous réveillant au son de sa guitare et de sa voix.
5h45, nous nous retrouvons tous au Morning Circle pour débuter la journée. On s’étire, fait des échauffements, puis tour à tour, tout le monde se prend dans les bras pour se souhaiter une belle journée.

Pour le premier Seva, certains groupes partiront planter des arbres, d’autres s’occuperont de la cuisine, du compost puis du petit déjeuner.

La cloche retentit à 8h30 et annonce le tant attendu petit déjeuner, composé de fruits frais, de porridge, jaguery, de noix, d’énergy balls et autres douceurs appétissantes en fonction de la créativité de chacun en cuisine.

À 9h30 commence le deuxième Seva jusqu’à midi. Les missions sont diverses et variées, ça va de aller s’occuper des vaches, du déjeuner, du bois pour le feu, du recyclage, des panneaux solaires, des sanitaires, de prendre soin des arbres et des plantes, parmi tant d’autres encore qui m’échappent.

Nous déjeunons à 12H30 puis dinons à 18H.


La plus part du temps les après-midi sont libres, mais il y a toujours des petites ou plus grandes tâches que l’on se répartit et exécute à tour de rôle.

Ce qu’il y a de fabuleux à Sadhana Forest c’est qu’ici, chacun peut aller à son rythme, personne ne va venir juger, t’écraser, tout le monde se soutient dans un vrai esprit d’équipe. Tout n’est que bienveillance et altruisme. Avec un profond respect pour chaque individu humain ou non humain. Contre la violence et la compétition, l’entraide est à l’honneur.

Estéban et moi avons dormi tels des Robinson échoués sur une île déserte dans des huttes faite de pailles, de bois et de corde. Nous qui sommes adeptes des nuits à la belle étoile, autant dire qu’ici nous étions dans notre élément: en pleine nature.
(Bon, un paradis de moucherons qui te rentrent dans les oreilles, les yeux, les narines, qui se collent à la moindre blessure, et des moustiques se faisant des banquets royaux sur nos pâles chairs d’Européens.)

Cette semaine en pleine forêt a été pour moi à la fois un électrochoc et un émerveillement de chaque instant. C’est incroyable tout ce que j’ai pu apprendre en une semaine sur l’écologie, la permaculture, sur comment fonctionne une communauté autonome en énergies renouvelables, sur l’organisation qui fait que tout s’enchaine parfaitement bien. La vie en groupe, m’ouvrir aux autres, participer à des activités tous ensemble.
Sur l’ambition: un couple parti de rien il y a 15 ans et qui a à la sueur de son front quelque chose d’extraordinaire. A l’origine l’emplacement de Sadhana Forest n’était qu’un terrain vague, de poussière rouge aride, tout était à faire; ils ont échoué plusieurs fois avant de voir cette forêt s’épanouir. Mais ils ont appris de leurs erreurs afin de progresser puis de trouver des solutions viables et durables. Le résultat aujourd’hui est époustouflant, cette forêt jeune et luxuriante où les animaux sont venus s’installer.
Leur philosophie de vie est des plus belles, Aviram et x sont des personnes inspirantes qui m’ont beaucoup touché par leur sincérité. Ils partagent avec générosité leur savoir-faire.


Il n’y a pas que des arbres qui ont été plantés, des graines aussi ont été plantées en moi et elles commencent déjà à germer.

Quant à Estéban, les mots me manquent pour décrire son incroyable transformation.

Son anglais a fait un bon de géant. Lui qui habituellement a peur de se brûler, ou de tomber et se faire mal, se retrouve à alimenter le feu de la cuisinière, à faire sauter les chappattis tels des crêpes comme un chef ; à grimper à une échelle de je ne sais combien de mètres pour tailler des arbres ; il a joué de la musique, appris des tours de magie.


Il a appris la vie en communauté à laquelle il a activement participé, toujours volontaire pour aider, que ce soit à préparer les repas, nettoyer la vaisselle, creuser pour planter les arbres. Il s’est fait un copain allemand plus jeune que lui mais avec qui il s’est éclaté, on aurait dit deux frères. Jamais je n’avais vu mon fils aussi heureux et épanouis.

Manger assis par terre, se laver à la belle étoile, dormir dans une cabane, vivre dans la nature au milieu des animaux, marcher pieds nus, se salir, être toujours entouré de personnes aimantes et bienveillantes, attentives à lui, se faire des amis venant des quatre coins de la planète, apprendre en s’amusant en s’occupant de la communauté, quoi de mieux finalement ? C’est ça l’école! C’est ça la vie!

Nous aurions besoin de plus d’endroits comme celui-là, pour les enfants c’est définitivement l’endroit parfait.


Quand je regarde tout ce qu’il a pu apprendre et cette évolution de dingue en seulement une semaine, je n’ose imaginer les effets prodigieux que cela aurait pu avoir sur lui au bout d’un mois, six mois voir un an ou plus. Je parle de mon fils mais cela vaut autant pour moi.

Si tu ne sais pas où partir pour tes prochaines vacances, si tu cherches un projet pour ta famille, si tu es une mère célibataire, ou même seul(e) et que tu souhaites changer de vie et ta vie. Si tu te sens concerné par l’avenir de notre planète que tu souhaites éveiller ton esprit, apprendre, t’épanouir dans une communauté auprès de personnes en or, il faut, absolument venir à Sadhana Forest. L’engagement minimum pour une personne est de deux semaines, pour les familles il n’y pas de minimum.

Quant à moi, je peux vous garantir qu’il n’y a pas plus grand bonheur que de voir son petit s’adapter avec autant d’aisance, ainsi que de le voir s’épanouir à ce point dans un environnement 100% fait pour lui.

Se retrouver ainsi en pleine nature avec le minimum de confort, en ayant très chaud, permet profondément de se reconnecter avec son corps et son esprit, de lâcher prise et d’accepter les choses banales de nos quotidiens occidentaux, comme l’eau fraîche versée sur notre corps ayant transpiré toute la journée à l’heure de la douche, le goût de l’eau dans la bouche venant désaltérer notre gorge sèche et réhydrater nos organes criant soif. Le plaisir immense que je n’ai pas ressenti en dégustant ma glace ananas gingembre à Auroville. Le soulagement d’entrer dans un magasin climatisé ; toutes ces choses deviennent un luxe, il ne faut pas plus d’une semaine pour réapprendre à apprécier la douceur de ces moments à leurs justes et vraies valeurs.

Nous avons quitté la France depuis seulement dix jours et le voyage nous transforme déjà.

Je suis impatiente de savoir ce que la suite nous réserve, même si je pense que je ne suis pas au bout de mes (bonnes et mauvaises) surprises. Ça fait partie de l’aventure!




 

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