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Dans le bus pour Kodaikanal

September 16, 2018

 


Le départ a été très douloureux. On s’est très vite attaché à toutes ses personnes avec qui nous avons partagé plein de beaux moments tout au long de notre séjour.
Chaque au-revoir fut accompagné de nos larmes. Je ne m’attendais pas à ce que cette expérience puisse être aussi forte.

La suite de notre voyage se fera en compagnie de Téo, un compatriote Toulousain, car nous rendons au même endroit, à Kodaikanal.
C’est un enfant sauvage de vingt-deux ans, le genre charmeur à la française accompagné de sa petite guitare qui fait craquer les étrangères avec ses grands yeux bleus et sa bonne humeur.
Il s’est pris d’affection pour Estéban et réciproquement. Il est vraiment très chouette avec lui.
Ça me rassurait énormément l’idée de ne pas être encore complètement livrée à moi-même ne sachant pas trop à quoi m’attendre. Car je n’ai jusqu’ici encore rien vu de la vraie Inde.
J’ai été dorlotée pour les premières nuits puis dans une bulle idyllique pour la suite.

Je dois rejoindre mon compagnon de route à Pondichéry. À 20h le taxi arrivait à Sadhana pour nous récupérer mon fils et moi. Le chauffeur n’avait pas l’air très net, ne parlait quasiment rien d’anglais et ne savait pas lire.
J’ai appréhendé le trajet et suis restée en alerte. Quelle ne fut pas ma stupeur quand après les routes cabossées d’Auroville et il s’engagea sur plusieurs kilomètres à contre sens sur l’autoroute! Ils sont fous ses Indiens!
Et puis alors que dire du trafic de Pondichéry...Un bordel monstrueux, désorganisé, où tout le monde risque de se rentrer dedans, d’écraser un piéton à tout instant.
Ce fut un grand moment de soulagement d’arriver enfin à mon lieu de rendez-vous. Enfin c’était sans compter la mauvaise fois palpable de mon chauffeur...

-500 roupies
-Non, au téléphone tu m’as dit 450 ce qui est déjà beaucoup je le sais.

Le conducteur qui ne savait pas parler anglais, trouve tout à coup à du vocabulaire pour répondre (on ne déconne pas avec l’argent).

-500, à cause du trafic.
-Non, au téléphone tu m’as dit 450, c’est ça ou rien.
-Ok ok 450

Je lui tends un billet de 500 et lui demande le change. Monsieur m’annonce qu’il n’a que 30 roupies sur lui.

-Je ne veux pas 30 roupies, j’en veux 50, c’est ce que tu me dois, et je ne partirais pas sans ma monnaie.
Il commence à s’énerver car il est mal garé et que la police est à côté.

-J’insiste, je veux ma monnaie, tu me dois 50 roupies, tu n’es pas réglo, c’est nul ce que tu fais.

Après un échange laborieux, je finis par aller au restaurant où je devais rejoindre Téo pour faire la monnaie. J’arrive à l’obtenir sur mes 500 roupies, reviens vers le taxi driver, l’affaire est réglée.

-Bonne soirée!

Satisfaite de moi car je ne m’étais pas laissée démonter par ce malhonnête.

Quelques instants plus tard je retrouve enfin mon camarade. Je lui raconte mes péripéties, combien j’ai dû prendre sur moi pour ne pas craquer. Pondichéry la nuit, on est loin de s’imaginer à quel point c’est aux antipodes de notre monde. On a beau savoir car on lit des livres ou regarde des vidéos, on n’est pas forcément préparé à ça.
Je n’avais jamais rien vu de tel, une ville aussi bondée de monde à la circulation endiablée, et au rythme effréné. Personne ne se soucie de personne, chacun trace sa route coute que coute.

Nous avons tous les trois très bien diné dans ce restaurant. La nourriture indienne est simplement délicieuse, à la fois piquante et parfumée, enivrante pour les papilles, et réconfortante pour le corps. Chaque jour est une nouvelle découverte culinaire pour le plus grand plaisir de mon palet qui est un fin gourmet.
Après s’être repu, back pack sur le dos, nous partons à la recherche de notre arrêt de bus. Un périple bien laborieux parmi les rues aux trottoirs délabrés, des personnes errantes sur les bords du bitume, des motards qui pour rien au monde ralentiront s’ils nous voient traverser, non! Ils préfèrent klaxonner jusqu’à ce qu’on leur cède la place.
Nous marchions depuis déjà une bonne demi-heure, après avoir demandé deux fois notre chemin, nous réalisions que finalement, notre bus était plus loin qu’on ne l’avait imaginé.
Estéban était submergé par la fatigue, et certainement aussi impressionné par cette folie nocturne et se mit à pleurer.
Mes nerfs commençaient aussi à lâcher, mais je tenais bon grâce à Téo qui avait en lui, toute l’assurance que moi je n’avais pas et qui savait où on allait. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j’étais heureuse de l’avoir à nos côtés. Combien c’était rassurant dans cette jungle urbaine.
On finira les quelques kilomètres restant en rickshaw pour 100 roupies.

Quelque plus minutes plus tard, nous y étions. Le local de l’agence de voyage devant lequel devait s’arrêter notre bus couchette avait surtout l’air d’un entrepôt abandonné, meublé d’un bureau et de quelques chaises pour les voyageurs attendant l’heure du départ. Il était 22h30, plus qu’une heure avant de reprendre la route.

Mon acolyte et Estéban jouaient ensemble pour tuer le temps, pendant que moi je tentais de me remettre de mes émotions de cette soirée hors du temps, à mille lieux de ma zone de confort.
Je réalisais à quel point je ne connaissais rien de notre monde. Je me sentais vulnérable comme jamais auparavant.
Je mourrais d’envie d’être les bras de mon amoureux pour qu’il me serre fort contre lui. Je ne pouvais que me contenter que de lui écrire un petit message en attendant de pouvoir l’appeler plus longuement. Comme je l’aimais tendrement...Comme il était courageux d’accepter que je parte et de m’attendre. Je pensais très fort à lui.

Notre bus de nuit arrivait enfin. Nous prenions place dans nos compartiments couchette.
A ma grande surprise c’était très propre et suffisamment spacieux pour Estéban et moi.
Le voyage reprenait sur les routes escarpées du Tamil Nadu. Mon fils s’endormit rapidement. J’échangeais quelques mots avec Téo, puis le voyant fatigué, je le laissais s’endormir tranquillement.

A l’heure où j’écris ses lignes, nous sommes dans notre bus, et je vais à présent tenter moi aussi, de m’endormir.
 

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